FCBD France 2018 : Magnus (Paperback)

Le 5 mai 2018 s’est tenu le Free Comic-Book Day, tradition américaine implantée en France depuis quelques années. Le principe, simple, est d’appâter les lecteurs dans les boutiques spécialisées via une journée spécifique, où des comics gratuits sont distribués par les éditeurs… généralement pour créer l’envie d’acquérir d’autres produits de leurs gammes.

Une première dose gratuite

Habituellement, les comics du FCBD sont des micro-histoires originales qui servent de prélude (comme le FCBD Marvel 2018 qui montre les prologues aux séries Avengers et Captain America à venir) ou de résumé (comme le FCBD Bliss Comics 2018 qui rappelle les grands moments de l’univers Valiant) ; cela peut aussi être le premier épisode, entier, d’une mini-série, afin de donner tout simplement envie de lire la suite.

Dans les nombreux comics du Free Comic Book Day France de 2018, l’un d’entre eux a particulièrement attiré mon attention : celui du nouvel éditeur Paperback, qui livre gratuitement le premier épisode de la nouvelle série Magnus.

Avant de passer au vif du sujet, un rapide point de présentation s’impose pour cette maison d’édition dont vous n’avez sans doute peut-être pas encore entendu parler… et pour cause : arrivé tout récemment, Paperback est en fait un label de la grande structure Casterman qui se lance également dans l’aventure française des comic-books. Gérée par Basile Béguerie, cette collection vise à éditer en France des comics dits indépendants (déconnectés des mastodontes Marvel et DC, auxquels on peut également rajouter Image Comics depuis quelques années), avec une volonté clairement d’hétérogénéité et d’originalité ; aucun genre n’est interdit chez Paperback, selon la maxime utilisée comme slogan publicitaire.

Paperback a donc lancé le 2 mai 2018 le premier tome de Mech Academy (Boom! Studios, par Greg Pak et Takeshi Miyazawa) nous emmène aux côtés d’une alliance entre humains et robots extraterrestres face à un ennemi violent, ainsi qu’Au temps des Reptiles (Dark Horse, par Ricardo Delgado) qui propose une immersion au temps des dinosaures dans un volume unique.

Et, donc, le 29 août 2018 est prévu la sortie en librairie de Magnus dont on a pu découvrir ici le premier épisode des cinq composant le récit aux Etats-Unis. Disons-le d’emblée, celui-ci est une réussite, autant pour ses qualités propres que pour la reprise innovante d’un concept un peu trop usé.

Man versus Wild Robots

Créé en 1963 par le légendaire Russ Manning, Magnus est initialement Magnus, Robot-Fighter, un titre où l’on suit le héros éponyme en l’an 4000 ; l’humanité est devenue dépendante des robots, mais un drame vient troubler la programmation et les machines en viennent à dominer les humains.

Magnus, élevé par le premier des robots qui a développé une conscience et une forme d’âme dans le respect des Trois Lois de la robotique d’Isaac Asimov, grandit en étant formé pour combattre les robots et protéger les humains. Disposant de capacités du surhomme classique (super-fort, super-résistant, combattant parfait), Magnus est ensuite lancé contre la menace robotique dans des aventures colorées.

D’abord propriété de l’éditeur Gold Key, Magnus a ensuite été repris par la première mouture de l’éditeur Valiant en 1991 (en compagnie d’autres héros de l’écurie Gold Key,

comme Doctor Solar, Man of the Atom et Turok, Son of Stone). On le retrouvera dans le crossover Deathmate publié conjointement par Valiant et Image Comics tout comme dans le reboot de l’univers Valiant lors de son rachat par Acclaim Comics. Après la fin (temporaire) de l’aventure Valiant, Dark Horse acquiert les droits dues personnage Gold Key en 2002. C’est en 2013 qu’ils passent chez leur éditeur actuel, Dynamite Entertainment, une maison spécialisée dans la reprise (et les relances régulières) de franchises bien connues.

Une première série Magnus a été lancée en 2014 sous la houlette de Fred Van Lente et Cory Smith. Le héros y est dépeint comme un entraîneur scolaire qui doit gérer sa vie de famille et l’avancée des robots dans la société ; le titre a vécu douze numéros, un nombre plutôt classique pour Dynamite Entertainment.

Ce n’est, cependant, pas la série qui est lisible dans le FCBD 2018.

All-New, All-Different Magnus

En effet, ce numéro nous présente la mini-série en cinq épisodes Magnus réalisée par Kyle Higgins, un scénariste connu pour ses travaux chez DC comme Batman: Gates of Gotham, Deathstroke et Nightwing, C.O.W.L. chez Image ou actuellement sur Mighty Morphin Power Rangers chez Boom! Studios. Les dessins sont assurés par Jorge Fornés, un artiste qui se laisse découvrir dans quelques titres DC et Marvel ces derniers mois.

Cette fois-ci, Magnus n’est plus un homme mais une jeune femme dénommée Kerri Magnus, et je vous laisse découvrir ici le résumé officiel communiqué pour l’édition française :

Dans un avenir proche, les robots domestiques extrêmement perfectionnés peuplent notre quotidien. Mais cette sophistication n’est pas sans conséquence. Lorsqu’un majordome synthétique massacre son maître, expert en robotique, la police se tourne vers Kerri Magnus, une psychologue pour intelligences artificielles. Magnus possède un don unique : elle seule peut naviguer dans l’espace numérique dans lequel les IA se réfugient. Dans ce paradis artificiel, les robots sont libres de rêver, de se sentir libres l’espace d’un instant, de vivre l’amour et de se reproduire. Et gare aux humains qui menaceraient leur unique espace de liberté.

Nous les avons conçus autonomes, à présent ils veulent leur indépendance.

Avec un fond plutôt classique pour la science-fiction, Kyle Higgins entend entièrement révolutionner le principe de son personnage : du héros bondissant et typique des années 60, réglant les problèmes avec ses poings dans un futur post-apocalyptique, on arrive à une psychologue qui cherche le dialogue et la solution par le soin, évoluant dans un futur proche en lien avec nos préoccupations et peurs actuelles.

Si, évidemment, il s’agit d’une récupération à l’extrême du principe de base, je trouve qu’un tel changement peut être intéressant à deux conditions : d’une part, que l’idée initiale (Magnus combat des robots méchants) soit respectée (et ça peut l’être, car la psychologie peut permettre de stopper des dérives) ; de l’autre, que ça soit bien fait.

Clairement, il est trop tôt pour se positionner sur le respect du premier critère – mais, après lecture du premier épisode, le second semble pouvoir être rempli ! En effet, Kyle Higgins livre une introduction à son histoire très bien faite, qui pose idéalement les bases d’un monde à la fois si proche de nous et si terrible. Avec des procédés de narration classiques, mais efficaces, notamment via l’utilisation d’un prélude brutal mais qui met dans le bain, et un final déjà vu mais qui donne envie de lire la suite (la base, finalement), l’auteur réussit à appâter le lecteur en moi.

L’univers de science-fiction est bien construit et les personnages existent déjà, même si beaucoup de mystères demeurent. Le scénariste, qui avait déjà réussi sur C.O.W.L. à faire exister un syndicat de super-héros, donne par quelques touches une vie propre à ce monde proche, et s’en sort très bien pour caractériser ses bases.

Kerri Magnus sera une pacifiste avec un passé lourd, qui entend plonger dans la conscience des robots pour les aider ; évidemment, ça se passera mal… mais il sera intéressant de voir comment cela a pu mal tourner, et par quels moyens elle pourra s’en sortir, et peut-être sans user des poings.

Grâce aux dessins très travaillés de Jorge Fornès, dont le style très européen se révèle efficace pour représenter une ambiance sombre et âpre, le titre se dote visuellement d’une atmosphère qui renforce l’intérêt du titre.

 

En conclusion, ce FCBD Paperback 2018 est une très bonne surprise : le premier numéro de Magnus surprend (notamment ceux qui connaissent le personnage initial), intrigue, envoûte, donne envie de lire la suite de ce récit de science-fiction bien éloigné des super-héros.

Clairement, la promesse de Paperback est tenue, et l’objectif d’appâter est réussi. Les cinq épisodes de Magnus seront proposés dans un seul tome à 16 € en août, et j’ai hâte de découvrir la suite de ce qui s’annonce comme une belle saga « indé » !

 

 

 

 

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